lundi 21 septembre 2015

(Ceci en passant) FLEUR PELLERIN une « chouchoute » de plus de notre président, et qui se montre si bien à ses ordres, mais pas une rose sans épine, comme il aime, notre pseudo monarque…

Culture

Fleur Pellerin: «Cette façon insidieuse de vouloir limiter les libertés est extrêmement inquiétante »


EXCLUSIF La Ministre de la Culture a profité des Journées du patrimoine et des événements du week-end pour répondre aux questions :

Quel bilan faites-vous des Journées du Patrimoine 2015 ?

Plus de 12 millions de Français sont venus visiter l’un des 17.000 lieux ouverts au public cette année, c’est-à-dire un Français sur 5 ! Il n’y a aucune manifestation culturelle d’une telle ampleur en Europe. Je suis d’autant plus heureuse de ce succès que j’avais voulu cette année mettre en valeur le lien entre notre patrimoine historique et la création architecturale contemporaine, qui constitue ce que nous léguerons aux générations futures. Les Français ont été très sensibles à cette question.

L’inauguration de la façade de la Basilique de Saint-Denis et le projet d’en reconstruire la flèche donnent lieu à un débat pour ou contre la reconstruction des monuments détruits à l’identique. Qu’en pensez-vous ?

J’étais samedi matin à Saint-Denis avec le président de la République pour admirer la très belle restauration de la façade de la Basilique qui a été financée par le ministère de la Culture, qui a également apporté tout son savoir-faire.
Je suis très attachée à ce que l’on puisse offrir le patrimoine aux habitants et faire en sorte qu’ils en soient fiers. Sur la question de la reconstruction de la flèche, les débats autour de ce type de projets sont complexes, d’autant que dans ce cas précis, la flèche n’avait pas été détruite mais démontée volontairement. A quel moment de l’histoire du monument doit-on se référer pour restaurer l’une de ses composantes ? La question est difficile.

Et l’intervention de plus en plus fréquente du mécénat privé dans la restauration du patrimoine ?

Je veux d’abord rappeler que l’Etat maintient le même niveau d’engagement financier dans l’entretien et la restauration du patrimoine. J’ai inauguré fin mai la fin des travaux de la Sainte-Chapelle, à Paris, dont les vitraux ont pu être restaurés grâce à un partenariat entre le Ministère et la société Vélux. Que de généreux mécènes privés veuillent contribuer à leur façon à la restauration du patrimoine, en soutien de l’Etat, cela me semble très positif.

Vous consacrez une place importante au patrimoine dans votre projet de loi. Que répondez-vous à ceux, comme Stéphane Bern vendredi dans nos colonnes, qui se plaignent du désengagement de l’État ?

Que mon projet de loi réaffirme bien au contraire notre attachement viscéral à la protection du patrimoine, en nous dotant d’outils plus efficaces. Dans ce texte, je veille notamment à simplifier ce qui était devenu incompréhensible, comme les critères d’autorisation de travaux aux abords d’un monument historique.

Le sujet principal de votre loi, c’est la liberté de création. Pourquoi faut-il une loi pour la défendre ?

Quand des élus se permettent de repeindre en bleu des statues qui ne leur plaisent pas ou de faire retirer des affiches de films au nom de valeurs morales, quand des artistes peuvent être agressés physiquement dans la rue ou qu’on s’en prend à leurs œuvres, je dis à tous ceux qui étaient sceptiques que la liberté de création, dont le principe leur semblait évident, est bien en danger. Inscrire la liberté de création dans le droit, c’est permettre aux créateurs qui s’estiment atteints dans leur liberté de créer ou de montrer leurs œuvres de se prévaloir d’un texte sur lequel des juges pourront s’appuyer pour motiver leur jugement.

Quelle différence faites-vous entre des attaques qui sont le fait de citoyens anonymes et des actions menées par des municipalités Front National ?

Avant l’étreinte des deux femmes à l’affiche de La Belle saison, y a eu le baiser de L’Inconnu du lac. La justice est également là pour trancher ce genre de cas : normalement, les pouvoirs de police du maire sont encadrés et il ne peut intervenir que s’il y a un trouble à l’ordre public. C’est au juge des libertés de défendre cela. C’est très important qu’il y ait une loi qui réaffirme aussi fortement ce principe de la liberté de création. Sur le fond, comme sur les principes. Le problème de fond, c’est cette tendance à un retour à l’ordre moral. C’est contre cela que je souhaite lutter, car c’est contraire aux principes démocratiques, c’est contraire à toutes les grandes conquêtes qui ont émaillé les siècles pour obtenir les libertés dont nous jouissons dans une société démocratique. Cette façon insidieuse de vouloir limiter les libertés qui figurent dans notre droit depuis des dizaines années, et parfois plus d’un siècle, c’est pour moi quelque chose d’extrêmement inquiétant.

Il y a aussi les attaques incessantes et de plus en plus efficaces contre les films qui montrent des scènes de sexes non simulées, comme Love récemment. Ce point précis ne fait pas partie de votre projet de loi, mais vous envisagez néanmoins de renforcer les pouvoirs de la Commission de classification des films…

Il existe en effet une Commission de classification qui représente à la fois l’intérêt des familles, des enfants, des créateurs et de l’État, et c’est à elle de juger ce qui doit être interdit aux moins de 18 ans. Or, les règlements sont aujourd’hui rédigés de façon telle qu’en cas de « scène de sexe non simulée » le film doit automatiquement être classé en 18 +. En réalité, la marge d’appréciation de la commission est donc inexistante. C’est là-dessus qu’on va réfléchir ensemble. Nous souhaitons voir dans quelle mesure la commission peut prendre en compte l’intention du créateur, la dimension artistique ou esthétique d’un tel film, alors qu’elle n’est pas en mesure de le faire aujourd’hui. Pour l’instant il n’y a pas de calendrier, c’est une réflexion qui est en cours, avec toutes les parties prenantes.


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