Violences scolaires : « Prof, ce n'est pas censé
être un métier à risque ! »
REPORTAGE. Des enseignants brisent l'omerta et dénoncent la
violence qui s'infiltre dans leur collège REP+, La Courtille, à Saint-Denis
(93).
M. Blanquer, « n'attendez pas qu'un mort survienne parmi nos rangs »
Ça s'est passé en plein après-midi, à la veille des vacances de février, alors que l'enseignant venait au secours d'un élève de quatrième victime d'une tentative de racket. « Il s'est littéralement fait péter la gueule, témoigne un de ses collègues. Ils l'ont frappé à terre dans les côtes, lui ont cassé un pouce et en ont profité pour lui faire les poches. »
Seul changement notable, les 400 élèves du collège ne vont plus pratiquer leurs activités sportives à l'extérieur jusqu'à nouvel ordre, les professeurs d'EPS craignant des bagarres, ce qui est déjà arrivé dans les établissements voisins ces derniers mois. « Des élèves ayant été menacés sur les réseaux sociaux ne peuvent plus aller en EPS au motif qu'ils sont recherchés », explique Gregory Thuizat, secrétaire départemental du Snes-FSU 93. « On était sur la brèche, le parc de La Courneuve, où nous allions régulièrement faire cours, est un lieu d'affrontements, raconte un prof de sport. Mercredi dernier, deux élèves d'un autre collège ont été agressés devant la piscine. Je n'ai pas envie d'appeler une maman pour lui dire que son fils s'est fait frapper sur le chemin... » Depuis quelques semaines, certains élèves de sixième n'osent plus se rendre au « club », où ils pratiquaient jardinage, jeux de société ou slam entre midi et deux, leurs parents leur conseillant de ne pas sortir seuls.
« Moi, j'ai pas peur, j'suis
dans ma cité, je sais me défendre ! »
Devant
le collège, toujours assise avec sa bande de copains, Clara*, chignon sur la
tête et faux ongles, rouspète. Ce n'est pas le climat de violence qui la
révolte, elle y est habituée (« Ils ont tabassé le mauvais prof en
plus, il était gentil, celui-là ! »). Non, ce qui l'ennuie, c'est
qu'elle ne pourra plus pratiquer la course d'orientation dans le
parc. « Moi, j'ai pas peur, j'suis dans ma cité, je sais me
défendre ! » clame-t-elle fièrement. Ses copains, sur le banc,
acquiescent. Ils se mettent à entonner une sorte de rap : « F-S-C, la
zone à risque ! » FSC, pour Floréal-Saussaie-Courtille, les trois
cités de leur quartier.12 h 20. Devant les grilles, une maman scrute la cour de récréation, l'air inquiet. Elle attend sa fille de sixième pour la ramener déjeuner chez elle. Hors de question pour cette mère, qui habite dans un pavillon voisin, de laisser son aînée de 11 ans rentrer seule depuis l'agression. Elle a pris sa décision : à la rentrée, sa fille ira dans un établissement privé. « Beaucoup de parents vont faire comme moi », nous confie-t-elle.
La sonnerie retentit. De nombreux élèves sont
externes, le collège étant au cœur de la cité. Un groupe de filles discute de
l'agression du prof. Elles sont encore sous le choc. Fatou*, plutôt bonne
élève, a l'impression d'être oubliée dans ce collège du département le plus
pauvre de France. « On est
mis de côté par rapport à Paris », estime-t-elle. Avec ses camarades, elle
dénonce « une violence omniprésente ». La violence qui vient de
l'extérieur, des règlements de comptes entre bandes qui se terminent souvent en
vidéos sur Snapchat, des armes blanches qui s'introduisent dans l'établissement
(bombes lacrymogènes, taser, couteaux, matraque télescopique… d'après le
recensement du Snes), mais aussi la violence ordinaire de cour de récré. Il y a
ce jeu dont nous parle un surveillant : Goumani . Dès qu'un élève passe
une porte ou s'assoit, il doit dire ce mot, sinon un autre élève le frappe. Et
puis il y a des jeux plus sexistes. Leïla* nous détaille : « On
tire les cheveux d'une fille si elle est en jupe, on l'insulte… C'est arrivé à
une élève l'an dernier, après avoir dévoilé sur Instagram le nom de ses
ennemis, elle s'est fait courser, tirer les cheveux, taper… » Depuis, elle
est partie dans le privé, regrettent ses camarades. Leurs parents à elles
aussi, s'ils en avaient les moyens, les auraient inscrites
ailleurs. « C'est dommage parce que les profs sont bien ici… »,
soupire Leïla.
« Table de remédiation »
Elle
songe d'abord à Célia Kolli, sa professeure d'anglais, infatigable défenseure
des droits des profs et des élèves, et syndiquée au Snes. « Catapultée »,
comme elle dit, au beau milieu des tours et loin de la mer, celle qui a grandi
à La Réunion ne décolère pas. Cette volubile brune de 24 ans est
encore traumatisée par l'agression de son collègue. Son visage tuméfié et ses
mots prononcés avant l'arrivée des secours sont à jamais gravés dans sa
mémoire : « Je suis tellement énervé », a-t-il réussi à
prononcer, totalement apathique sur son lit d'infirmerie. Alors, quand, à la
suite d'une réunion de crise, le 21 mars, regroupant élus, académie,
police, parquet et préfecture, on invite le personnel éducatif à organiser des
« groupes de travail sur la violence » ou à ouvrir l'établissement
plus longtemps (le matin et le soir), elle ne sait plus si elle doit rire ou
pleurer. Célia se souvient aussi du jour où on lui a proposé une « table
de remédiation » afin d'y placer les élèves difficiles au fond de la
classe. « Une inspectrice du premier degré, qui n'avait sans doute
pas enseigné depuis quarante ans, est venue nous expliquer qu'il ne fallait pas être dans la punition mais dans l'enseignement positif et
bienveillant. Ces gens ignorent la réalité du
terrain … », soupire Célia, qui réclame plus de moyens humains,
notamment des surveillants.Violences scolaires : « Je suis restée seule au milieu de la cour, tremblante »
La prof d'anglais oscille entre découragement et colère. « Le pire, c'est qu'on finit par intégrer cette violence quotidienne, le fait de se faire interrompre tout le temps en classe, d'entendre des choses comme Fermez votre gueule, de voir des bagarres dans la cour… » Célia a toujours rêvé d'enseigner et elle n'est pas du genre à se laisser impressionner. Mais, depuis quelques semaines, ses collègues et elle se sentent vulnérables. Tous les soirs, ces jeunes profs, pour la plupart originaires de province, se raccompagnent les uns les autres, par solidarité et aussi parce qu'ils ont besoin de parler. Des anciens avaient prévenu Célia : « Ne traverse pas la cité toute seule. » Elle ne voulait pas prendre au sérieux cette mise en garde. « Prof, ce n'est pas censé être un métier à risque… Pompier, oui !
Dans la cité, où Célia
et ses collègues n'ont pas renoncé à se rendre, on passe devant la supérette
Coccinelle, où les profs font leurs courses le midi. Ici, le 8 mars,
le gérant et une caissière se sont fait agresser lors d'une tentative de
braquage. Un peu plus loin, des jeunes plaisantent devant l'épicerie de Sylvie,
mère d'un élève au collège La Courtille. Elle parle avec une amie, également
investie comme la majorité des mères du quartier, et déplore cette violence qui
s'infiltre dans les établissements de leurs enfants, contaminant les plus
jeunes dès le primaire. « Parfois, j'ai l'impression qu'on attend qu'il y
ait un meurtre pour qu'il se passe quelque chose », s'exclame Sylvie, qui
regrette l'absence de caméras et de personnel adapté au collège. Fin janvier,
les choses auraient pu virer au drame. Un élève de sixième, qui aurait dû être
placé en classe ULIS**, est entré dans l'établissement avec un couteau pour se
défendre face à un « camarade » de troisième. « Un énorme
couteau à viande en céramique ! » précise un prof. Cette arme a,
heureusement, été interceptée par des élèves.
Il n'y a plus de
respect pour l'école, on est loin du sanctuaire…
Le 12 mars
dernier, au lycée Paul-Éluard, voisin de La Courtille, une quinzaine
d'individus, armés de marteaux et de battes de base-ball, ont pénétré dans
l'établissement, découpant les grilles (récemment renforcées) à coups de
cisaille. Ils recherchaient un élève du lycée pour, semble-t-il, une histoire
de téléphone portable… « Ce qui est nouveau, c'est que les rivalités
interquartiers se règlent maintenant à l'intérieur des établissements, constate
un prof en poste depuis cinq ans à Saint-Denis. Ce qui signifie également
qu'il n'y a plus de respect pour l'école, on est loin du sanctuaire… » Le
rectorat de Créteil préfère insister sur l'origine extérieure de la
violence. « L'Éducation nationale n'a pas de prise immédiate sur ces
logiques de bandes qui concernent souvent des jeunes non scolarisés »,
nous répond-on.
Mais comme d’habitude Mr le ministre va
nous pondre un plan sécurité pour les établissements scolaire et notre justice
palabre toujours sur l’Age de la majorité pénale et nos élus pensent au droit
de vote à 16 ans bla-bla-bla...
A l'école ou certains viennent se
défouler et semer le souk, voire faire des violences diverses ou dégradations
inqualifiables en se prenant aussi bien sur au personnel enseignant qui est là
pour leur apprendre ce qu'il y a lieu de savoir pour vivre correctement dans leurs
vies futures et à la rigueur les éduquer !
Mais voilà ces petites graines d'hommes
ou femmes on ne peut plus, même pas les sermonner car ce cela les vexe et leur
faire croire qu'on leur manque de respect alors que c'est à eux de respecter
ceux qui s’escriment à leur apprendre pour essayer de les éduquer pour
appliquer le savoir vivre ensemble en respectant autrui !
De plus et c’est le plus important ce n’est
pas aux enseignants de faire de l’ordre rigoriste envers des trublions
quelquefois aussi fort que des adultes qui ne risquent à peu près rien protégé
par des lois faites pour eux et une justice laxiste et un code pénal inadapté !
Tout cela est le résultat de « 1968 »
avec son fameux « il est interdit d’interdire »
car certains jeunes sont devenus ingérables !
Mais tout cela est de notre faute, tout
au moins des parents responsables de leurs jeunes qui n’éduquent pas leurs
enfants aux respects des autres ou ont baissé les bras, car c’est facile de
faire des enfants, mais plus difficile de les élever, donc ils devraient être
punis sévèrement de par les actes répréhensibles de leurs enfants et recadrés
eux-mêmes !
Jdeclef 14/04/2019 09h27 LP
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